• Le compostage (1) c'est quoi, et pourquoi composter

    Le compostage, c'est quoi ?

     

    C'est la transformation, en présence d'air et d'humidité, des déchets de cuisine et de jardin, en un produit capable de nourrir le sol et les plantes.

    C'est un processus naturel, mené à bien en quelques mois par une faune et une flore variées (bactéries, champignons, petits invertébrés).

    faune du compost

     

     

    Pourquoi composter ? Vaste question...

    Composter ses déchets de cuisine et de jardin permet de réduire le poids de sa poubelle d'environ 30 %. C'est bien sûr une moyenne. Pour quelqu'un comme moi qui mange essentiellement des légumes frais et pratique au maximum réemploi et recyclage, c'est beaucoup plus que ça. Pour quelqu'un qui se nourrit de plats tout préparés, c'est beaucoup moins. Selon qu'on a ou non un jardin, le pourcentage varie, mais bon, quoi qu'il en soit ça représente beaucoup.

     

    Pourquoi réduire le poids de sa poubelle ?

    Parce que ce n'est pas drôle de descendre un sac-poubelle puant dans un conteneur ou un local tout aussi puant. En effet, ces déchets, dits fermentescibles, eh bien comme leur nom l'indique ils sont aptes à fermenter : sitôt dans votre poubelle, privés d'oxygène, ils commencent à fermenter, et ça pue.

    Parce que ça coûte cher à la collectivité : la collecte, le transport et le traitement de nos poubelles. Et la collectivité, c'est nous, à travers nos impôts. Si on jette 30 % en moins, ça fera ça de moins à collecter, transporter, traiter.

     

    Composter ses déchets de cuisine et de jardin permet de réduire les nuisances liées à la collecte : vous aussi, je suis sûre que vous adorez être réveillé-e à cinq ou six heures du matin par la douce musique du camion-poubelle qui recule jusqu'au conteneur et le vide mélodieusement dans sa benne... Non ? Eh bien, moins de déchets = moins de collectes = plus de calme matinal dans votre quartier.

     

    Composter ses déchets de cuisine et de jardin permet de réduire les nuisances liées aux transports : savez-vous que, selon les sources, un camion sur trois ou un camion sur six transporte des déchets ? Quand on a l'immense privilège de vivre à proximité d'une nationale et d'une autoroute, il est très facile de se représenter ce que cela représente de nuisances ! Bruit, pollution, risques d'accidents... Franchement, n'est-ce pas complètement débile d'encombrer nos routes avec des gros camions qui ne font que trimballer des épluchures ?

     

    Composter ses déchets de cuisine et de jardin permet de réduire les nuisances liées au traitement des ordures ménagères. Au fait, où vont nos ordures ménagères ?

    Soit elles sont acheminées dans une décharge, dont le nom est plus sexy que ça, mais comme les appellations changent tout le temps, j'avoue ne plus m'y retrouver. C'est quelque chose du genre : Centre de traitement et de valorisation des ordures ménagères. En vrai, ce sont d'immenses trous tapissés de voiles censés être imperméables et que l'on referme quand ils sont pleins. Là-dedans, ça fermente joyeusement, épluchures mélangées aux emballages cartons et plastiques, téléphones portables obsolètes et que sais-je encore... Cette fermentation produit du méthane, c'est-à-dire du gaz naturel, en quantités astronomiques, mais ce n'est que depuis peu qu'on se décide enfin à envisager de le récupérer intelligemment plutôt que de le laisser participer à l'effet de serre...

    Soit les ordures sont envoyées à l'incinérateur, lui aussi affublé d'un joli nom évoquant la valorisation énergétique... Là, franchement, on nous prend pour des billes ! Car dans les épluchures, il y a 80 % d'eau ! Vous savez faire du feu avec 80 % d'eau, vous ? En  d'autres temps et d'autres lieux, j'ai eu l'occasion d'expliquer la vaste fumisterie, c'est le cas de le dire, que représente l'incinération. Entre autres arguments : pour brûler une tonne de déchets, on doit prélever 6 tonnes d'air dans l'atmosphère ; à la sortie, on obtient 6,7 tonnes d'air pollué (jusqu'à 2 000 composés nouveaux, dont des dioxines par exemple !), 300 kg de mâchefers, hautement polluants et pourtant "recyclés" dans les routes par exemple (quel impact sur le sous-sol, les nappes phréatiques ?) et 30 kg de "REFIOM", déchets ultimes hautement toxiques qu'il faut bien stocker quelque part (en savoir plus ici).

    Bref, les déchets de cuisine et de jardin n'ont rien à faire ni en décharge, ni dans un incinérateur !

    tout ce qu'on peut composter

     

    Alors on arrive aux raisons "positives" justifiant le compostage. Les déchets de cuisine et de jardin sont des matières organiques. Issues du vivant, elles ont vocation à retourner à la vie, et pas à contribuer à créer nuisances, maladies, mort...

    Dans la nature, tout est cycle : cycle de l'eau, cycle de l'azote, cycle du carbone... Dans la nature, quand un être vivant meurt ou perd une partie de ses constituants (défécation, mue, chute des feuilles...), ces déchets sont aussitôt pris en charge par divers organismes "éboueurs" naturels qui les découpent, les décomposent et les incorporent au sol. L'exemple typique, c'est le sol forestier : dans une forêt, on marche sur un épais tapis moelleux, constitué essentiellement de feuilles mortes dans différents états de décomposition. Le résultat, sous les feuilles, c'est un humus qui sent bon et s'incorpore petit à petit au sol pour nourrir les arbres. Rien à voir avec nos poubelles malodorantes !

    tapis de feuilles mortes : un compost naturel en formation !

     

    Donc, pourquoi ne pas renouer avec les habitudes ancestrales, avec les cycles naturels, et composter nos déchets de cuisine et de jardin, nos déchets fermentescibles ? Pourquoi ne pas redonner aux résidus organiques de nos activités leur noble statut de précieuses ressources ?

     

    Alors, revenons-y, pourquoi composter ? Eh bien pour boucler le cycle de la matière organique. Les végétaux dont nous nous nourrissons puisent dans le sol et dans l'air de quoi s'alimenter. Dans l'air, ils prélèvent de grande quantités de carbone, sous forme de CO2 (gaz carbonique ou dioxyde de carbone). Dans le sol, ils prélèvent de l'eau et des minéraux, nombreux mais en petites quantités : azote, phosphore, potassium (le fameux trio NPK qu'on retrouve dans les engrais) mais aussi de nombreux autres : bore, calcium, soufre, magnésium, fer, manganèse, molybdène, cuivre, zinc...

    Quand les végétaux meurent ou perdent leurs feuilles, ces matières végétales tombent au sol, elles sont dégradées par toute une vie minuscule qui les transforme en humus. L'humus peut se combiner avec les argiles du sol grâce au calcium ou au fer et former le complexe argilo-humique. Ce complexe argilo-humique va constituer les réserves alimentaires du sol qui, grâce à d'autres micro-organismes, pourront être minéralisées pour nourrir les plantes.

    Ainsi, si le sol nourrit les plantes, les plantes nourrissent également le sol ! Et ce cycle n'est possible que grâce à toute une vie très diversifiée : insectes, vers, gastéropodes, collemboles, mille-pattes, cloportes, champignons, bactéries...

    maitrecomposteur6

    Tous ces organismes ont besoin d'air, d'humidité, et évidemment redoutent les pesticides. Ainsi, l'agriculture moderne a-t-elle détruit la vie du sol, et détruit-elle également les sols. On en parle peu, mais les sols les plus fertiles de notre pays tendent inexorablement vers la désertification.

    Les engrais de synthèse ne peuvent remplacer l'humus. Parce qu'ils ne contiennent que le fameux trio NPK : azote, phosphore et potassium. Or les végétaux ont besoin de nombreux autres éléments. Imaginez votre état de santé si vous restiez votre vie durant sous perfusion au lieu de vous nourrir d'aliments diversifiés ?

    De plus, l'humus du sol lui assure une structure qui lui permet de rester aéré. Or les racines des plantes, tout comme les nombreux organismes du sol, ont besoin d'air. Un sol sans humus devient compact, sans air, et les plantes ne peuvent s'y asphyxient. La matière organique y croupit (décomposition anaérobie, en absence d'air, conduisant à la production de méthane et de H2S, qui sent l'oeuf pourri : de tels sols sentent mauvais).

    L'humus a une grande capacité d'absorption de l'eau. Ainsi, un sol riche en humus absorbera-t-il l'eau de pluie, et d'autant mieux qu'il aura une bonne structure aérée dans laquelle l'eau peut s'infiltrer. Un sol compact est incapable de laisser l'eau s'infilter et de la stocker, contrairement à un sol riche en humus. C'est pourquoi nous assistons maintenant régulièrement à ces coulées boueuses à travers les champs dès qu'il pleut, alors même qu'il pleut de moins en moins. Comme le souligne Claude Bourguignon, les agronomes ont réussi à inventer les inondations en période de sécheresse !

    érosion dans un champ au sol tué par les pesticides et les engrais, le manque de MO

     

    Revenons donc à nos épluchures ! Les jeter à la poubelle, c'est les envoyer en décharge où elles puent et produisent du méthane, ou en incinérateur où elles nécessiteront de l'énergie pour parvenir à brûler leurs 80 % d'eau. Les composter, c'est les rendre au sol qu'elles contribueront à nourrir, pour nourrir d'autres plantes que nous pourrons manger. Que du bon !

    un potager bio au sol vivant

     

    Comment composter dans quelques jours ! ;-)


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 8 Mai 2011 à 11:49
    bonjour et simplement merci pour cet article très intéressant !
    Comme l'ont bien montré les Bourguignon, on ignore tout ou presque de cette vie grouillante du sous-sol, à quelques centimètres de nos pieds…

    ça m'a donné envie d'installer un composteur dans le potager collectif de Ramonville.
    Bon dimanche !
    Éric de Toulouse
    2
    Catherine
    Samedi 7 Juillet 2012 à 12:16
    Non je ne composte pas encore, mais j'ai toujours trouvé aberrant de jeter les déchets végétaux à la poubelle. Quand j'étais petite, à la campagne, ces déchets allaient soit aux lapins, soit étaient directement enterrés par mon père quand il bêchait le jardin.
    Petite question technique : le fait d'avoir 2 bacs, c'est uniquement pour pouvoir brasser et retourner le compost ?
    Intéressant article certes.
    A bientôt,
    Catherine
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