• Neiges d'antan : Aspe, Aydius, Mâture, Portalet (novembre 1983)

    Nous avons passé la nuit au gîte d'Aydius. Et au petit matin... l'émerveillement du soleil levant sur un vaste paysage de montagne enneigée. Pour moi qui venais de vivre une dizaine d'années dans les Landes et Bordeaux, c'était totalement dépaysant !

    depuis le gîte d'Aydius (novembre 1983)

    De l'autre côté, un pic majestueux dans la brume. Je ne sais pas son nom mais je l'ai reconnu aussi sur des photos d'Aydius vues sur internet. Ce gîte existe apparemment toujours, je ne peux que le recommander, l'endroit en vaut la peine !

    depuis le gîte d'Aydius (novembre 1983)

    Ce jour-là, nous sommes allés visiter le Fort du Portalet, avant d'entamer une randonnée vers d'autres cabanes de berger, en passant par le chemin de la Mâture. Bizarrement, je n'en garde aucun souvenir ! C'est pourtant un endroit très curieux. Ce fort a été construit dans la montagne au-dessus du gave d'Aspe, en face du chemin de la Mâture, pour protéger la route du col du Somport. Il a servi de lieu de détention pour des personnalités politiques sous le régime de Vichy (Léon Blum et d'autres) puis brièvement, après la guerre, pour le maréchal Pétain. Devenu monument historique en 2005, il est en cours de restauration et ouvert à la visite. Quand j'y suis passée, il appartenait à un particulier qui n'avait pu mener à bien ses projets, et il était à l'abandon. J'y ai fait seulement cette photo, essayant d'imaginer ce que pouvait ressentir un prisonnier enfermé dans ces geôles humides, face à un paysage aussi sublime !

    Fort du Portalet (novembre 1983)

    Le même paysage sans les barreaux... J'étais sans doute moi aussi dans je ne sais quelle prison intérieure, pour n'avoir pas fait une seule photo de cet étonnant ensemble de bâtiments reliés par des galeries creusées dans la roche ! Le petit nombre de pellicules disponibles explique-t-il tout ? Je ne le crois pas... Heureusement, d'autres que moi ont fait le reportage photo que j'aurais pu faire. J'ai quand même quelques regrets...

    depuis le fort du Portalet (novembre 1983)

    Puis nous sommes partis en balade sur le chemin de la Mâture, creusé dans une falaise qui longe les Gorges d'Enfer. Ces gorges méritent bien leur nom ! Elles sont particulièrement resserrées et un impétueux torrent gronde au fond avant de se jeter dans le Gave d'Oloron.

    depuis le chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Je ne sais plus pour quelle raison, je n'ai photographié le chemin de la Mâture qu'au retour, mais je vous sens impatient-e-s, alors le voilà.

     

    chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Bien sûr, la photo est impuissante à rendre vraiment compte de la folie grandiose de ce site : formant une galerie de quatre mètres de haut pour quatre mètres de large dans la falaise, sur environ un kilomètre, il surplombe le torrent de Sescoué de 200 mètres... Pourquoi avoir un chemin dans un tel endroit, et pourquoi ce nom de chemin de la Mâture en pleine montagne ?

    Vers 1660, Colbert ordonna la mise en exploitation des forêts béarnaises pour en extraire le bois destiné à construire les bateaux de la Marine Royale. Plus tard, les forêts s'épuisant, il a fallu aller chercher du bois dans des forêts de plus en plus difficiles d'accès. C'est ainsi que l'ingénieur Leroy décida l'exploitation des arbres de la forêt du Pacq (au dessus du village d'Etsaut), mais il fallait franchir les Gorges d'Enfer... Un chemin fut taillé dans la falaise pour descendre les troncs jusqu'au Port d'Athas sur le gave d'Oloron.

    Le chemin de la Mâture fut terminé en 1772. Les troncs de sapins qui allaient devenir mâts de navires, longs de trente mètres, étaient alors tiré par des attelages de boeufs... Quand on a emprunté cet étroit et périlleux chemin, on mesure pleinement ce que cela signifie comme galère, c'est le cas de le dire ! Les sapins n'étaient pas seuls exploités : les hêtres devenaient avirons et poutres ; les buis, au bois très dur, essieux et poulies.

    Les futurs mâts étaient transportés par flottage sur le Gave jusqu'à Oloron, puis Bayonne. La ressource fut épuisée en 1778, seulement six ans après le début de l'exploitation de la forêt ! Aujourd'hui, ce tronçon étonnant du G.R 10 n'est plus parcouru que par les randonneurs. Quant aux forêts pyrénéennes, elles ont été littéralement dévastées par ces exploitations massives et il leur a fallu une bonne centaine d'années pour s'en remettre. L'ONF a dû procéder à des reboisements.

    J'y ai vu cette plante typique de la montagne, une saxifrage. Ses feuilles sont dures, comme calcifiées.

    saxifrage sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Celles-ci étaient quasiment inaccessibles, j'ai dû demander à un des copains, plus grand que moi, de faire la photo. Je pense qu'il s'agit de la saxifrage des Pyrénées, espèce endémique à la somptueuse floraison.

    saxifrages sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Sur des buissons de buis couverts de neige, cette éphippigère surprise par le brutal changement de temps. C'est une dame, comme en témoigne la longue épée qu'elle arbore ! Je ne plaisante pas, chez les sauterelles, ce sont les dames qui ont une épée... Elles l'utilisent à des fins pacifiques : il s'agit d'un "ovipositeur", qui leur permet d'insérer leurs oeufs dans le sol ou des tiges dures.

    Ephippiger sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

     

    Sans doute un peu ralentie par le froid, elle a volontiers accepté de se laisser tirer le portrait.

    Ephippiger sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

     

    Le ciel s'assombrit... Le paysage n'en est que plus grandiose.

    Estives de Bieus ? (novembre 1983)

    Les sapins, les hêtres, vestiges de la magnifique forêt qui a donné de beaux mâts de navire...

    sapins et hêtres sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Le chemin passe dans un sous-bois de hêtre, au feuillage roux.

    hêtres sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Le soir, au soleil couchant, près de la cabane de berger où nous avons passé la nuit.

    Estives de Bieus ? au soleil couchant (novembre 1983)

    C'est de là que nous venions.

    Estives de Bieus ? au soleil couchant (novembre 1983)

    La même montagne plissée, le lendemain matin. La brume s'étant dissipée, on voit bien ces étonnants plis. Je trouve toujours ça absolument fascinant, que la roche, si dure, ait pu être ainsi pliée, tordue, comme de la vulgaire pâte à modeler !

    Estives de Bieus ? au soleil levant (novembre 1983)

    Le fruit séché de je ne sais quelle fleur de montagne. J'ai aimé sa chaude couleur dorée, sur le fond de neige étincelante.

    un fruit séché dans la neige, chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Un lièvre ou un lapin est passé par là...

    empreintes de lapin/lièvre dans la neige sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Et cette belle moquette épaisse, brillante et soyeuse ?

    Neige en gros plan (novembre 1983)

    La neige vue de très très près (je pense que j'avais dû mettre les bagues allonge en plus de l'objectif macro).

    De courageux bouleaux, avec leurs troncs blancs, comme suspendus à la montagne, sur fond de ciel d'un beau bleu profond.

    bouleaux suspendus sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

    D'autres fruits séchés, peut-être de lis ?

    fruits séchés dans la neige, chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Et les traces d'un isard (le chamois des Pyrénées).

    empreintes d'isard dans la neige sur le chemin de la Mâture (novembre 1983)

    Et donc, au retour, le chemin de la Mâture, on ne s'en lasse pas alors je le remets...

    chemin de la Mâture (novembre 1983)


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