• Un petit écosystème : la gesse et quelques insectes

    La gesse à larges feuilles, Lathyrus latifolius, pousse volontiers dans les prairies du sud-ouest de la France, de préférence calcaires et bien exposées. C'est une jolie plante de la famille des Fabacées, à fleurs roses vif, longues tiges ailées et feuilles à deux folioles terminées par des vrilles.

    Comme nous l'avons déjà vu, la gesse attire les pucerons, mais ceux-ci peuvent être rapidement éradiqués par les coccinelles.

    Pas seulement les coccinelles, d'ailleurs, la vie est dure pour les pucerons !

    Sur cette photo, il y a également un féroce prédateur et un parasite.

    Le prédateur, c'est le petit truc au milieu de la photo, blanc translucide, il tient fermement un jeune puceron, mais j'avoue que je ne vois pas s'il s'agit d'une larve de chrysope ou une larve de syrphe, je pense plutôt chrysope.

    Le parasite, c'est cette petite bestiole noire.

    Elle est floue parce qu'elle est si petite que je ne l'avais pas vue non plus en faisant ma photo ! Il est probable que c'est une de ces petites guêpes parasites qui pondent directement dans les pucerons, et dont la larve se développe à l'intérieur du corps du puceron. Celui-ci devient immobile, dur et enflé, on appelle cela une momie. Devenue adulte, la petite guêpe découpe un opercule tout rond et sort de la momie qu'elle laisse derrière elle. Regardez, l'été prochain, vous verrez de ces momies au milieu des colonies de pucerons.

    Plus tard, ce sont les gousses de la gesse qui attirent divers insectes phytophages (mangeurs de plantes), dont de jolis papillons bleus, les Azurés, et des bruches. Les chenilles et larves de ces insectes dévorent les graines.

    Les bruches sont des petits Coléoptères Bruchidés, famille essentiellement inféodée aux graines de Fabacées : leurs larves se développent à l'intérieur des graines qu'elles rendent inconsommables. Ici, un adulte de bruche se promène sur une fleur de gesse, dont elle consomme le pollen.

    Dans certaines zones du monde, les bruches sont capables de gros dégâts dans les stocks de grains mais, en Europe, les bruches du genre Bruchus ne pondent que sur les gousses. On connaît bien la bruche du pois et la bruche du haricot, appelées "cussou" dans le sud-ouest. C'est pour lutter contre ces bestioles qu'autrefois, et encore maintenant dans certaines régions, les paysans cultivaient les haricots en association avec le maïs : les insectes se repérant à l'odeur, ils ont plus de mal à découvrir leur plante favorite quand celle-ci est mélangée à d'autres que quand elle pousse en monoculture.

    Sur la gesse, on peut donc trouver une bruche, Bruchus affinis, qui pond sur les gousses vertes, et dont la larve se développe à l'intérieur des graines pendant que celles-ci grossissent. Cette bruche a elle aussi des prédateurs et des parasites. Parmi eux, une petite guêpe, Dinarmus acutus, dont les larves se nourrissent des larves de bruche (sur cette gousse, les points blancs sont les oeufs de bruche).

    Dit comme ça, ça paraît simple, pourtant si on y regarde de près, c'est assez étonnant : la larve de bruche est à l'intérieur de la graine de gesse, la graine de gesse est à l'intérieur de la gousse, et la gousse est quelque part dans une vaste prairie au milieu de nombreuses autres plantes de toutes sortes. Cela veut dire que la minuscule petite guêpe est capable, parmi mille et un parfums et mille et une couleurs, de repérer les gousses de gesse parsemées de quelques oeufs de bruche.

    Puis, à travers la gousse, de repérer la graine infestée par une larve de bruche. Puis de pondre son oeuf à travers la gousse et la graine, très précisément sur le corps de la larve de bruche qui servira de garde-manger à son rejeton pendant trois semaines.

    Encore plus fort : comme tout insecte dans nos régions, la petite guêpe doit trouver un moyen de passer l'hiver. La bruche passe l'hiver sous forme adulte, mais certaines espèces d'insecte passent l'hiver sous forme d'oeuf, de larve, de chrysalide... On appelle cela diapause chez les insectes : un arrêt du développement en attendant des jours meilleurs. Cela correspond un peu à l'hibernation des Mammifères.

    Certains insectes n'ont qu'une génération par an, et dans ce cas c'est assez simple, l'entrée en diapause est obligatoire à un stade donné, elle fait partie du cycle de vie de chaque individu de l'espèce. C'est le cas de Bruchus affinis. Mais notre petite guêpe, elle, a plusieurs générations par an et plusieurs hôtes. Quand arrive l'automne, elle doit donc être avertie pour entrer en diapause au bon stade, celui capable de résister au froid et au jeûne. Chez beaucoup d'insectes, c'est le raccourcissement des jours qui les avertit, signal plus fiable que la baisse de la température (surtout avec le changement climatique !) Chez notre petite guêpe, c'est bien le cas. Mais la larve étant enfermée dans une graine elle-même enfermée dans une gousse, elle est vraisemblablement insensible à la durée du jour et c'est la mère qui est avertie, à l'époque où elle pond, pour que ses rejetons entrent en diapause quelques semaines plus tard. Comment fait-elle passer l'information ? Mystère et boule de gomme. La nature n'est-elle pas extraordinairement inventive ?


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 8 Novembre 2009 à 09:14
    Quel régal pour les yeux!
    Bon dimanche,
    jj@+
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